13.12.2008

Pop Wooh

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L’Esprit du Ciel s’est donc résolu à les mutiler. Les pantins de bois sculpté ont été affreusement mutilés.

D’un coup, ils ont été exterminés ou, pour mieux dire, éliminés, annihilés. Un déluge s’est abattu du Ciel. L’aigle arracheur d’yeux leur a arraché les yeux. Est venue Camalotz, la chauve-souris meurtrière, qui leur a coupé la tête. Est venu Cotz Balam, le jaguar menaçant, qui a dévoré leur chair. Est venu Tucum Balam, le jaguar enragé, qui les a broyés et réduits en poussière. Ils ont été détruits, annihilés car ils étaient impuissant devant leur mère, c’est-à-dire leur maître, l’Esprit du Ciel qui s’appelle Hu’Racan. À cause d’eux, la surface de la Terre s’est obscurcie; un déluge noir s’est abattu qui a duré des jours et des nuits; sont apparus de petits et de grands animaux. Arbres et pierres se sont rebellés, toutes choses se sont manifestées : leurs jarres, leurs comals, leur vaisselle, leurs chaudrons, leurs chiens, leurs pierres à moudre, leurs pots, leurs cuillers de calebasse, tous se rebellés.

- Vous nous avez fait bien souffrir. Vous nous avez fait du mal et maintenant c’est à nous de vous faire du mal, ont dit leurs chiens et leurs pierre à moudre.

Et de puisatier les pierres à moudre :
- Pour vous, nous avons moulu tous les jours matin et après-midi, sans arrêt : joli! joli! juk! juk! juk! Vous nous avez fait travailler sans répit, du matin jusqu’au soir. Écoutez hommes : maintenant, nous allons nous mettre à vous moudre, autrement dit, à réduire vos chairs en bouillie, ont affirmé les pierres à moudre.

Puis, les chiens ont parlé :
- Quand nous avez-vous donné à manger? Vous ne nous avez donné que des choses à broyer; vous nous avez humiliés, jetés dehors, vous teniez votre bâton à portée de main quand vous mangiez; vous ne faisiez que nous surveiller, toujours. Vous ne nous parliez pas. Ne mourrions-nous pas de faim à cause de vous? Quand allez-vous faire le bien, quand allez-vous être bons? À cause de vous, nous allions disparaître. Maintenant, nous allons manger vos os que nous avons dans la gueule; nous allons les mordre.

C’est ce qu’ont dit les chiens et ils ont démantibulé leurs figures.

Puis, ont parlé les comas et les chaudrons :
- Vous avez été impitoyables, vous nous avez fait souffrir, nous étions toujours sur le feu; vous nous brûliez. Comment n’aurions-nous pas souffert? Maintenant, nous allons vous brûler, ont dit les chaudrons en se rebellant.

Ensuite, les pierres du foyer se sont échappées du feu avec fracas et les ont frappés à la tête. Elles les ont fait beaucoup souffrir. Une pluie noire a commencé à tomber. Les hommes cherchaient à grimper sur les maisons mais les maison s’écroulaient et ils tombaient au sol; ils voulaient grimper aux arbres mais les arbres les repoussaient; ils voulaient se réfugier dans des trous mais les trous se remplissaient d’eau.

Ainsi ont été annihilés les hommes créés, les hommes formés; ils étaient mauvais, corrompus. Ils ont été exterminés. À tous, on a démantibulé la bouche, le visage.

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Extrait « Le Livre Du Temps », page 58-59-60
Éditions Le Castor Astral (2002)

« Cette nouvelle version d’un des plus grands textes sacrés, écrit en quiché puis traduit en espagnol peu après la conquête, vers 1550, et souvent considéré comme le document le plus ancien de l’humanité - antérieur même au Rig-Veda et au Zend-Vesta -, s’inspire d’une lecture renouvelée du texte originale, à partir des interprétations les plus récentes et les plus fidèles de cette oeuvre. »

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